Méthode
Ce que fait ce site, et comment
Le propos
SILLAGE est né d'une difficulté d'enseignement. Les étudiants de French 64 travaillent sur des documents coloniaux qu'ils lisent, en pratique, dans des éditions modernisées : le texte y est propre, ponctué, régularisé, et l'essentiel du travail éditorial a disparu. Or c'est justement dans ce travail que se loge ce que le cours veut montrer.
Le site remet donc les étudiants devant le fac-similé. Il pose ensuite une hypothèse de lecture, qui est celle de ma recherche : un geste d'écriture colonial ne s'arrête pas avec la période coloniale. Nommer un fleuve, consigner une langue, décrire une côte : ces opérations continuent d'avoir des effets, et on peut les suivre dans des documents datés.
D'où la forme en quatre dossiers. Chacun s'ouvre sur une source-souche du 16e ou du 17e siècle, puis descend siècle après siècle jusqu'au présent. La structure du site est l'argument du site : si la continuité n'existait pas, la page se lirait comme une suite de documents sans rapport.
Conventions d'édition
La transcription est diplomatique : elle rend ce qui est sur la page, non ce que le texte devrait être.
Le s long
Conservé en transcription (ſ). Le développement se fait à la lecture, pas à la saisie.
u et v, i et j
Non régularisés. « vne », « nauigation », « iour » restent tels quels.
Abréviations
Conservées dans le texte et développées dans un élément choice : la forme abrégée reste consultable.
Nasales à tilde
Traitées comme des abréviations : « lãgage » développé en « langage ».
Ponctuation
Celle du document. Aucune virgule n'est ajoutée pour le confort du lecteur.
Coupures de ligne
Marquées par un retour à la ligne, rendu par lb dans le TEI.
Lecture incertaine
Balisée comme telle plutôt que silencieusement tranchée.
Le modèle de balisage
Les étudiants n'écrivent pas de XML. Ils posent neuf balises courtes en ligne dans le texte, ce qui garde la transcription lisible et modifiable. La conversion vers TEI P5 se fait à l'export. Ce choix est pédagogique : le balisage doit rester une opération de lecture, pas une opération de saisie.
| Balise | Saisie | TEI produit |
|---|---|---|
| ■ Personne | [[pers:…]] | <persName> |
| ■ Lieu | [[lieu:…]] | <placeName> |
| ■ Nation | [[peuple:…]] | <orgName> |
| ■ Mot en langue | [[langue:…]] | <foreign> |
| ■ Lecture incertaine | [[inc:…]] | <unclear> |
| ■ Abréviation | [[abr:…|…]] | <choice> |
| ■ Ajout | [[add:…]] | <add> |
| ■ Biffé | [[sup:…]] | <del> |
| ■ Date | [[date:…]] | <date> |
Note technique
Aucun fac-similé n'est hébergé ici. Les images sont appelées tuile par tuile chez les institutions de dépôt par l'API IIIF Image, au moment où l'étudiant zoome. Le site ne conserve donc aucune copie, ce qui règle en même temps la question des droits, celle du stockage et celle de la fraîcheur des données.
Gallica sert du IIIF Presentation 2, Internet Archive du 3, la Library of Congress expose un service d'image sans manifeste, et les trois refusent les requêtes dépourvues d'en-tête de navigateur. Une passerelle côté serveur normalise ces trois formes en une seule et met les manifestes en cache pour vingt-quatre heures.
La carte est calculée, non dessinée : projection conique conforme sur un tracé de côtes simplifié, les points venant du balisage des étudiants rapproché d'un répertoire de 44 lieux qui tient compte des graphies anciennes. Les formes non reconnues ne sont pas jetées : elles sont affichées comme restant à localiser.
Il n'y a ni compte, ni mot de passe, ni mesure d'audience. Une identité se réduit à un nom d'affichage et à une salle. La salle d'essai est publique, pour qu'un visiteur puisse éprouver l'outil sans rien demander à personne.
Le site s'affiche en français ou en anglais. Ce qui relève du document ne se traduit jamais : les transcriptions, les amorces, les citations, les titres d'ouvrage et les noms de lieux restent dans leur langue dans les deux modes. Les amorces de langue du parcours de recherche restent également en français, puisque ce sont des tournures à recopier dans un devoir rédigé en français.
Construit avec Next.js 16 et React 19, en composants serveur avec actions de serveur, OpenSeadragon pour le zoom profond, d3-geo pour la projection, Postgres pour les transcriptions. Le code est écrit en français, du nom des variables aux commentaires, parce qu'il fait partie du matériel de cours.
Limites assumées
- Le relevé de rémanences repère des candidats, il ne démontre pas de filiation. Deux textes français séparés de trois siècles partagent nécessairement du vocabulaire.
- Le répertoire de lieux est fermé et manuel. Il couvre le corpus retenu, pas la toponymie de l'Amérique française.
- Les transcriptions sont l'œuvre d'étudiants de niveau C1, non d'éditeurs formés. Elles sont datées, signées, et versées à l'état où elles sont.
- Les documents du 21e siècle sont sous droits : le site renvoie aux éditeurs et ne reproduit rien.
Crédits et remerciements
Conception, corpus, appareil critique et développement : Claire-Marie Brisson, Ph.D., Preceptor in French, Department of Romance Languages and Literatures, Harvard University.
Les fac-similés proviennent de la Bibliothèque nationale de France (Gallica), d'Internet Archive avec le Canadian Institute for Historical Microreproductions, et de la Library of Congress (Chronicling America). Que ces institutions soient remerciées pour la mise à disposition de leurs manifestes IIIF : c'est cette ouverture qui rend ce type d'atelier possible dans une salle de classe.