Page 63 de l'édition Cramoisy, en regard du feuillet 22 du manuscrit. C'est le seul endroit du corpus où les deux états d'un même passage sont ouverts côte à côte, et il faut s'en servir.
Quatre divergences valent d'être versées à l'apparat, de la plus discrète à la plus lourde.
D'abord la typographie. Le manuscrit écrit « Tchipai meskenau » de la même plume que le reste de la phrase. L'imprimé le compose en italique. L'italique est la casse que l'atelier parisien réserve aux mots étrangers et aux citations : en passant sous presse, l'innu-aimun est reclassé comme langue étrangère à l'intérieur d'une phrase française. Aucun mot n'a changé et le statut du mot a changé.
Ensuite le lexique. Le manuscrit porte « sont retournés », suivi d'un mot biffé ; l'imprimé donne « sont reuenuës ». Le manuscrit porte « nous ont appris tant de ce que ie t'ay dit » ; l'imprimé donne « tout ce que ie t'ay dit ». La seconde correction n'est pas une correction de style : « tant de ce » restreint, « tout ce » généralise, et la parole rapportée de l'Innu en sort plus assurée qu'elle ne l'était.
Enfin la ponctuation du discours. Le manuscrit écrit « en cela dit il vous mentés » d'un seul trait. L'imprimé pose les virgules et les tirets : « En cela, dit-il, vous mentez vous autres ». Le manuscrit laisse les deux voix se toucher, et c'est au lecteur de savoir qui parle ; l'imprimé les sépare et en décide à sa place.
Une cinquième divergence attend à la page suivante, et c'est la plus grosse : la chanson en trois mots que le manuscrit note « Kaie nir Khigatoatoarint » est imprimée « Kaie, nir, khigatoutaouim ». Le mot innu lui-même a changé sous presse.
Conventions retenues : les nasales à tilde sont balisées et développées ; le « ꝯ » de « noꝯ » est l'abréviation par us, développée en « nous » ; le s long n'est pas noté séparément en romain imprimé ; la page s'arrête sur une coupure de mot, « d'O- », conservée telle quelle.