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Dossier 2 · Exprimer des avis étayés

Quinobequin

Le refuge et sa relève

La côte que Champlain sonde en 1605 devient, deux siècles et demi plus tard, le terminus des trains à bestiaux qui vident les campagnes du Québec vers les filatures de la Nouvelle-Angleterre. Le dossier tient ensemble le relevé hydrographique et le journal franco-américain.

La descente, de la source-souche au présent

1609

source-souche

Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France, Table des chapitres, livre VI

Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France

Marc Lescarbot · Paris, Jean Millot · histoire, avec pièces en vers

Avocat parisien, Lescarbot passe un an à Port-Royal et rentre écrire l'histoire d'un pays où il a vécu douze mois. Il écrit contre Champlain autant qu'avec lui. Le dossier propose donc deux souches concurrentes plutôt qu'une seule autorité.

Bibliothèque nationale de France, Philosophie, histoire, sciences de l'homme · Domaine public. Numérisation Gallica / BnF.

1613

source-souche

Champlain, Les voyages, p. 11 : le long de la côte

Champlain, Les voyages

Samuel de Champlain · Paris, Jean Berjon · relation de voyage illustrée

Champlain longe la côte du Massachusetts en 1605 et sonde des havres qu'il faudra nommer. Il écrit en marin : profondeurs, mouillages, bois, eau douce. Ce vocabulaire de l'installation est celui que la presse franco-américaine reprendra, trois siècles plus tard, pour parler de la paroisse.

transmetle lexique de l'établissement durable en pays sans titre

Bibliothèque nationale de France, Arsenal, 4-H-554 · Domaine public. Numérisation Gallica / BnF.

1613

source-souche

Champlain, la petite carte de 1613, La feuille entière : la carte et sa table des renvois

Champlain, la petite carte de 1613

Samuel de Champlain · Paris, Jean Berjon · carte gravée tirée d'une relation de voyage

La petite carte des Voyages de 1613, gravée « Pour la page 161 », est celle du livre que le dossier lit chez Gallica. Elle met sur la même feuille quatre sortes de noms. Certains viennent des gens du pays : « quinibequy », « Choaloët », « quebec », « Canadas », « Algoumequins », et dans la table « Matou-oüescariny » ou « Quenongebin ». D'autres honorent un saint ou une reine, « C. Loys », « Saincte Croix », le « Lac de medicis ». Le marin en donne d'après ce qui lui est arrivé, « malle bare », « port fortune », « soupsonneuse ». Enfin la France est transportée telle quelle : « nouuelle biscaye », « mont pirenees », et « Charante », rivière de la Saintonge dont Champlain se dit natif. Un lac porte déjà son nom, « lac de Champlain ». Les Iroquois y sont écrits deux fois, « hirocois » à l'ouest et « yroquois » au sud du lac. La côte du dossier II s'arrête à « soupsonneuse » : la carte ne nomme aucune rivière au fond de la baie où coule la Charles.

transmetune côte nommée en français, dont la carte anglaise de 1614 gardera le dessin et changera tous les noms

Albert and Shirley Small Special Collections Library, University of Virginia, G3405 1613.C3 (Seymour I. Schwartz Collection, no 192) · Domaine public. Numérisation Albert and Shirley Small Special Collections Library, University of Virginia, qui marque ses reproductions « Copyright Not Evaluated » selon rightsstatements.org.

1631 (relevé de 1614)

rémanence · 17e siècle

John Smith, New England, La feuille entière : la côte, le titre, le portrait et ses vers

John Smith, New England

John Smith, gravure de Simon Passæus · London, James Reeve · carte gravée, sixième état selon le catalogue

En 1614, John Smith longe la côte que Champlain a sondée neuf ans plus tôt. Sa carte dit dans son titre d'où viennent ses noms : « thus named by the high and mighty Prince Charles ». Le prince couvre la côte de l'Angleterre : London, Oxford, Bristow, Cambridg, Ipswich, Plimouth, Cape Anna, Stuards Bay. Le cap que Champlain appelait « malle bare » est devenu « Cape Iames », et la rivière que les Massachusett nomment Quinobequin y prend le nom qu'elle a gardé, « The River Charles ». De ces noms, Plymouth, Cape Ann et la Charles ont tenu ; les autres ont disparu, comme ceux de Champlain avant eux. Sous le portrait, des vers de John Davies de Hereford louent Smith de ses « Fowle-Overthrowes Of Salvages, much Civilliz'd by thee ». La même bibliothèque conserve un tirage de 1635 où Charles est devenu « Nowe King of great Britaine » ; il est dans la cartothèque, et les deux états se collationnent sur la planche.

transmetle nom anglais de la rivière, donné par un prince qui ne l'a jamais vue

Albert and Shirley Small Special Collections Library, University of Virginia, G3720 1631.S6 (Seymour I. Schwartz Collection) · Domaine public. Numérisation Albert and Shirley Small Special Collections Library, University of Virginia, qui marque ses reproductions « Copyright Not Evaluated » selon rightsstatements.org.

vers 1689

rémanence · 17e siècle

Thury, Relation du combat des Canibas

Pierre Thury, missionnaire en Acadie (copie d'une main non identifiée) · Pentagouët (Penobscot), Acadie · relation manuscrite, en copie

Un missionnaire raconte à un destinataire qu'il ne nomme pas la guerre que les Abénaquis du Kennebec, les « Canibas », font aux Anglais en 1689. La première page tient entre deux villes : Pentagouët, où Taxous et les siens reviennent, et « Baston », où la foule a obtenu que le conseil refuse la poudre aux « sauvages » après la mort de deux Anglais. Puis les Canibas, avec les « sauvages de la Riviere St Jean », entrent à la pointe du jour dans les petits forts de « Canibequi ». Sur cette côte que Champlain sondait en 1605, presque tous les noms de lieux de la page sont abénaquis, écrits à la française : Pentagoüet, Canibequi, Pesmocady. La notice signale une autre copie, imprimée à Québec en 1883 dans la Collection de manuscrits relatifs à la Nouvelle-France : de quoi collationner deux témoins du même texte.

Houghton Library, Harvard University, MS Can 5 · Domaine public. Numérisation Houghton Library, Harvard University, qui ne revendique aucun droit sur ses reproductions d'œuvres du domaine public.

1715

rémanence · 18e siècle

Pétition des Massachusett de Natick

les Massachusett de Natick, quinze signataires · Natick, sur la rivière Charles · pétition manuscrite signée

Le 5 septembre 1715, les Massachusett de Natick, sur la rivière Charles, écrivent à « Samuel Souwol and all the Jontlemon that is with you ». Ils ont tenu leur « town meting » le lundi précédent, et ils ne veulent pas vendre leurs terres : « we are nto will to sal our Landos or to debate with it any ways ». La pétition est en anglais, dans l'anglais de ceux qui l'écrivent, et porte quinze noms, où des prénoms bibliques voisinent avec des noms massachusett, Sokomhcho, Omptowanon. C'est la première pièce du dossier écrite par les riverains de la rivière dont il porte le nom. La feuille garde aussi la trace de ceux qui l'ont reçue. Au recto, une autre main note l'avoir reçue le lendemain de Solomon Thomas, l'un des signataires, « at Moguncock ». Au verso, la mention de classement parle de « Maguncaquog » et résume la pièce en « their unwillingness to sell it ». Les signataires ne nomment pas le lieu ; les mains qui les lisent le nomment de deux manières, et c'est la mention du verso, à peine régularisée, qui est devenue le titre du catalogue.

Harvard University Archives, HUY 26, Box 2, Folder 14 (Records of the Trustees of the Charity of Edward Hopkins, Hopkinton Records) · Domaine public. Numérisation Harvard University Archives ; Harvard Library ne revendique aucun droit sur ses reproductions d'œuvres du domaine public.

vers 1755

rémanence · 18e siècle

Bellin, Plan de la ville de Boston, Le plan, son renvoi et ses deux échelles

Bellin, Plan de la ville de Boston

Jacques Nicolas Bellin · Paris · plan gravé et colorié

Un ingénieur de la Marine française grave Boston pour l'Histoire générale des voyages de l'abbé Prévost, à la veille de la guerre de Sept Ans. Il nomme en français la capitale d'une colonie ennemie (« Ville de Boston », « Isle Ronde », « Ance où peuvent mouiller des Barques et des Chaloupes ») et range ses lieux de culte sous le mot dont on désigne en France ceux des protestants : « Temple du Nord des Presbiteriens », « Temple de Quaquers », « Temple des Anabaptistes ». Charlestown, en face, garde son nom anglais, « Charles Town ». Le plan compte les canons de chaque batterie. La rivière du dossier coule entre les deux villes.

transmetle regard français sur la ville puritaine, un siècle avant que les Canadiens français n'y viennent travailler

William L. Clements Library, University of Michigan, Image Bank wcl1ic 5521 (code-barres B8502694) · Domaine public. Numérisation William L. Clements Library, qui ne pose pas de licence et laisse l'usage à l'appréciation de chacun.

1839

rémanence · 19e siècle

Le Patriote canadien, Première page, 25 décembre 1839

Le Patriote canadien

Ludger Duvernay, rédacteur · Burlington, Vermont · journal d'exil

Imprimé au Vermont, en français, par un Patriote en fuite après l'échec des rébellions de 1837-1838, et destiné à des lecteurs restés au Bas-Canada. Un journal de langue française publié aux États-Unis qui ne parle pas des États-Unis : entre la côte de Champlain et la filature de Woonsocket, cette notice tient le maillon politique du dossier.

transmetl'idée que la langue peut s'imprimer en exil pour un lectorat qu'on a quitté

Library of Congress, Chronicling America, sn90000507 · Domaine public. Numérisation Library of Congress.

1880

rémanence · 19e siècle

Le Messager (Lewiston), 1er avril 1880, premier mois de parution

Le Messager (Lewiston)

rédaction franco-américaine · Lewiston, Maine · hebdomadaire, puis quotidien

Le mois de fondation du plus durable des journaux franco-américains : Le Messager paraîtra à Lewiston jusqu'en 1968 au moins, date du dernier numéro ordinaire que conserve la Franco-American Collection de l'University of Southern Maine. Près de quatre-vingt-dix années dans un seul titre, c'est-à-dire l'arrivée, l'installation, la scolarisation en anglais et enfin l'abandon, tous documentés par la même rédaction. Le progrès de Woonsocket en donne une coupe ; celui-ci en donne la courbe.

transmetle vocabulaire de la paroisse et de la filature, à suivre jusqu'en 1968

Library of Congress, Chronicling America, sn83045313 · Domaine public. Numérisation Library of Congress.

1901

rémanence · 20e siècle

Le progrès (Woonsocket), Première page

Le progrès (Woonsocket)

rédaction franco-américaine · Woonsocket, Rhode Island · journal quotidien

Une page de français imprimée en Rhode Island en 1901, sans aucun statut officiel, pour des ouvriers du textile venus du Québec. La langue y est un fait social entretenu à bout de bras par une paroisse, un journal et une école.

transmetla paroisse comme institution linguistique de substitution

Library of Congress, Chronicling America, sn83045044 · Domaine public. Numérisation Library of Congress.

21e siècle

rémanence · 21e siècle

Après la honte

dossier de travail · Maine, New Hampshire, Rhode Island · dossier contemporain

Trois générations ont cessé de transmettre, et la quatrième réapprend. Le dossier demande ce qui, du corpus de 1605 et de 1901, reste mobilisable pour cette reprise.

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ressources en ligne · Notices rédigées pour le cours.